Depuis le passage de Franz Anton Mesmer  sur la scène médicale française au XVIIIe siècle le phénomène hypnotique a été appréhendé de bien des manières. Les définitions et théories proposées reflétaient alors l’expérience des sujets et des scientifiques, leurs aprioris et attentes, et bien sûr leur orientation théorique.  Les définitions et théories ont aussi influencé non seulement la description de l’hypnose, mais aussi le déroulement du phénomène (En savoir plus).

À ce jour aucune théorie n’arrive à elle seule à expliquer le phénomène. Les chercheurs n’ont pas encore réussi à comprendre ce qui se passe exactement durant l’hypnose (Laurence, 2014).

Il est possible de regrouper les théories de l’hypnose sous deux grands ensembles : les théories étatistes  et les théories socio-cognitives. Il n’y a pas d’incompatibilité entre ces ensembles théoriques, chacun de ceux-ci apporte une contribution à la compréhension du phénomène.

Sans surprise, les théories de l’hypnose les plus en vogue se situent du côté « étatiste » ou physiologique. Elles s’appuient sur la neurologie et l’usage d’un appareillage très lourd (IRM, etc.) qui permettent de repérer des traces neuronales de l’état hypnotique dans le cerveau.

Par ailleurs, les découvertes spectaculaires des neurosciences ont démontré « l’activation de certains réseaux neuronaux sous hypnose, et l’impact de l’hypnose sur le fonctionnement des circuits impliqués dans la perception de la douleur » (Guéguen et al., 2015, p.194), mais ces découvertes ne permettent pas d’expliquer comment l’hypnose agit sur la douleur chronique. Pour Antoine Bioy[ii] (2011) cette situation qui consiste à mettre de côté l’effet de la « relation d’intimité » évoquée par Barber (2004) et qui serait un facteur de succès dans le traitement de la douleur par l’hypnose rappelle l’aveuglement de Jean Martin Charcot  face à la teneur réelle des techniques de métallothérapie de Burq.

Les recherches sur les états modifiés de conscience ont également la cote, ainsi que les théories de la dissociation qui s’appuient aussi sur les états modifiés de conscience alors même que les mécanismes de la conscience sont encore mal compris.

Voici quelques définitions de l’hypnose :

L’Encyclopaedia Britannica présente la définition de l’hypnose de Martin Orne  :

« psychological state with certain physiological attributes, resembling sleep only superficially and marked by a functioning of the individual at a level of awareness other than the ordinary conscious state. This state is characterized by a degree of increased receptiveness and responsiveness in which inner experiential perceptions are given as much significance as is generally given only to external reality » (Orne, 2014).

Michel Kerouac , quant à lui, définit l’hypnose comme

« un état ou un processus de concentration naturelle de conscience modifiée. Il est produit par une induction directe, indirecte ou contextuelle. L’état parfois ressemble au sommeil, mais est physiologiquement distinct. Il est caractérisé par une élévation de la suggestibilité et produit à son tour certains phénomènes sensoriels et perceptuels »(2008, p.79).

Didier Michaux définit rapidement l’hypnose comme

« un état d’inconscience, de perte de volonté, dans lequel un sujet fasciné (fixation ou exhortation verbale) exécutera automatiquement et sans contrôle les désirs (véhiculés par les suggestions) d’un hypnotiste tout-puissant »(1995, p. 265).

Comme praticien de l’hypnose, nous considérons que :

« L’hypnothérapie est une approche novatrice et un adjuvant à toute forme de thérapie, c’est-à-dire que son succès est relié à la combinaison de stratégies et de techniques psychologiques, et peut offrir des possibilités très intéressantes de prise de conscience et d’actualisation dans un processus de changement »

 

Jusqu’à maintenant l’hypnose se révèle être un adjuvant efficace aux interventions médicales et psychologiques et permet d’augmenter les bénéfices des interventions en termes économiques (réduction du séjour hospitalier et de l’administration d’antalgiques et d’anesthésiants) et de satisfaction de la clientèle (Guéguen et al., 2015  ; Mendoza et al., 2009 ). Les cliniciens sont encouragés à l’intégrer dans leur répertoire clinique. Häuser et ses collaborateurs (2016) suggèrent aux médecins désireux d’améliorer leur compétence en communication d’appliquer les principes de base de l’hypnothérapie qui prônent l’établissement d’une relation de confiance médecin-patient et l’utilisation des suggestions indirectes et positives.

Le consensus chez les chercheurs

Les chercheurs et cliniciens rejettent la conception de l’hypnose comme imposition de la volonté d’un hypnotiste à un sujet. Les chercheurs admettent aussi que les phénomènes observés sous hypnose ne lui sont pas spécifiques et peuvent être observés dans d’autres contextes. Ils s’entendent enfin sur le fait que l’état d’hypnose ne peut être vérifié objectivement, car il s’agit d’une expérience subjective que seul le sujet vivant l’expérience peut corroborer. La plupart des chercheurs s’accordent sur le fait que l’hypnose est un état qui diffère de l’état de veille normal. L’hypnose est un état modifié de conscience comparable à une focalisation étroite de l’attention. Les enfants que les adultes peuvent entrer spontanément en état modifié de conscience en focalisant leur attention sur une activité quotidienne.

L’hypnose est favorablement considérée par les thérapeutes, car elle favorise la suggestibilité. L’hypnose seule ne traite rien. Ce sont les suggestions directes ou indirectes formulées lors de la rencontre, avant ou après l’hypnose, qui permettront une modification de l’interprétation de la situation problématique.

Des questions en suspens!

Par ailleurs, les informations en circulation sur le web présentent l’hypnose comme un état naturel de conscience modifié, qui permet l’entrée ou le dialogue avec l’inconscient

Dans cette phrase simple plusieurs concepts se confrontent d’abord le terme hypnose décrierait un état particulier de conscience.  Sommes- nous en mesure de mesurer cet état de conscience ?  L’hypnose permet-elle vraiment d’ouvrir l’inconscient ? Mais qu’est-ce que la conscience et l’inconscient ?  Encore là, plusieurs théories se disputent l’argumentaire du savoir.

Le concept d’inconscient transporte des représentations qui ont pris naissance avec les travaux de Freud au XVIIIe siècle, mais qu’en savons-nous exactement ?   En ce qui concerne la suggestibilité  est-il nécessaire d’induire un état particulier d’état de conscience pour la favoriser?

[ii] A. Bioy. (2011). «L’oubli de la dimension relationnelle en hypnose : quelles incidences?». In L’alliance thérapeutique. Fondements. Mise en œuvre, É. Collot (dir.), p. 17-34. Paris: Dunod.